58 à 63 %. Voilà ce que TrendForce prévoit pour les prix de la DRAM sur le trimestre en cours. Ce n’est pas une correction ni un ajustement saisonnier. C’est la plus forte augmentation de l’histoire récente de la RAM conventionnelle, et elle ne sort pas de nulle part. Les SSD NAND Flash suivent avec 70 à 75 % de hausse attendue. Si vous avez prévu de monter une configuration ou d’upgrader votre PC cette année, vous l’avez probablement déjà senti passer au moment d’ouvrir les comparateurs de prix.

Cette flambée n’épargne personne. PC fixes, portables, smartphones : tous les appareils qui embarquent de la mémoire vive sont touchés. Et contrairement à ce qu’on lit parfois, il ne s’agit pas d’une simple tension passagère entre l’offre et la demande. La mécanique est plus profonde. Elle tient à la façon dont les trois grands fabricants mondiaux allouent leur production.

La DRAM n’a jamais été aussi chère, et ce n’est pas un pic isolé

Les chiffres donnent le tournis. Counterpoint Research anticipe une hausse de 40 à 50 % des prix de la RAM d’ici la fin du premier trimestre 2026. TrendForce, de son côté, table sur 58 à 63 % pour la mémoire conventionnelle sur le seul trimestre en cours. La DRAM mobile, celle qu’on trouve dans les smartphones et les tablettes, pourrait flamber de 93 à 98 % au deuxième trimestre par rapport au trimestre précédent, toujours selon TrendForce (source : Tom’s Hardware). On est loin des variations de 5 ou 10 % auxquelles le marché nous avait habitués ces dernières années.

L’effet se voit déjà dans les boutiques en ligne. Un kit de DDR5-6000 en 32 Go qui se négociait autour de 110 € en décembre 2025 en dépasse allègrement 160 aujourd’hui. La DDR4 n’est pas épargnée, mais l’écart se creuse. Les hausses sont d’autant plus brutales que le marché sortait d’une période de prix bas, où les fabricants avaient accumulé des stocks pour écouler la production. Ces stocks sont aujourd’hui résorbés. La demande, elle, explose.

Pourquoi maintenant ? Parce que le cycle de la mémoire est structurellement cyclique, mais cette fois, un facteur extérieur amplifie tout : la course à l’IA.

Les data centers pompent l’offre, le marché grand public trinque

C’est le point central que beaucoup d’analyses survolent trop vite. Selon le Wall Street Journal, les data centers devraient absorber plus de 70 % de l’offre totale de puces mémoire haut de gamme en 2026. Comprenez : plus de sept puces DRAM haut de gamme sur dix partent directement dans les serveurs.

Derrière ce chiffre, il y a les hyperscalers. AWS, Microsoft Azure, Google Cloud et consorts déploient des clusters de calcul massifs pour entraîner et faire tourner des modèles d’intelligence artificielle. Ces infrastructures réclament de la bande passante mémoire, de la latence réduite et des capacités colossales. Chaque serveur embarque des centaines de gigaoctets de RAM, parfois plusieurs téraoctets. La HBM (High Bandwidth Memory), qui empile les puces en 3D pour maximiser les débits, est devenue le produit star des fonderies.

Quand Samsung, SK Hynix et Micron allouent leur production, ils regardent où se trouve la plus forte valeur ajoutée. La HBM et la DDR5 pour serveurs se vendent avec des marges bien supérieures à la DDR5 grand public. Le calcul est vite fait. Les lignes de production sont réorientées. Le marché des particuliers, des entreprises qui renouvellent leur parc de postes fixes et des petites configurations gaming passe au second plan. Il ne s’agit pas d’une pénurie de matières premières. C’est une allocation délibérée de la capacité de production vers le segment le plus rentable.

Résultat : l’offre de DRAM pour PC se contracte, alors que la demande ne faiblit pas. Les prix grimpent mécaniquement.

DDR5 en première ligne, DDR4 en sursis

Toutes les mémoires ne sont pas logées à la même enseigne. La DDR5 subit la hausse la plus violente. C’est le standard actuel pour les nouvelles plateformes Intel et AMD. Les fondeurs ont massivement converti leurs lignes de production vers la DDR5 ces deux dernières années, suivant la roadmap des fabricants de CPU. La DDR4, elle, reste produite mais en volumes décroissants. Elle est de moins en moins rentable pour les fabricants, qui préfèrent concentrer leurs efforts sur la génération suivante.

Pourtant, la DDR4 garde un atout : elle équipe encore des millions de configurations existantes, en AM4 chez AMD ou sur les anciennes plateformes Intel. Sa demande ne s’effondre pas, mais l’offre diminue. Cela crée une situation paradoxale où la DDR4 augmente aussi, simplement parce qu’elle devient plus rare. L’écart de tarif public avec la DDR5 se réduit dans certains cas à quelques dizaines d’euros pour un kit 32 Go. Ce n’était pas du tout le cas il y a six mois.

Concrètement, si vous montez une machine aujourd’hui avec un processeur récent comme un Ryzen 7 9800X3D, vous êtes de toute façon obligé de passer par la DDR5. La plateforme ne supporte rien d’autre. Vous subissez donc la hausse de plein fouet. En revanche, si votre configuration tourne encore sur du AM4, vous avez une marge de manœuvre.

💡 Conseil : Les kits DDR4 en 32 Go (2 x 16 Go) restent le meilleur rapport qualité-prix du moment pour qui veut faire durer une plateforme AM4. Le surcoût par rapport à il y a un an est réel, mais l’écart avec un passage complet en DDR5 plus carte mère neuve reste largement en faveur de la DDR4.

Votre prochain smartphone risque de coûter plus cher

L’impact de la flambée de la DRAM dépasse le cercle des assembleurs de PC. Les smartphones embarquent de la LPDDR (Low Power DDR), une variante optimisée pour la consommation. Et les chiffres pour ce segment sont les plus alarmants : 93 à 98 % d’augmentation prévue au deuxième trimestre 2026 par rapport au trimestre précédent.

Tous les smartphones milieu et haut de gamme sont concernés. Un modèle qui sortira cet automne avec 12 ou 16 Go de RAM verra son coût de fabrication mécaniquement augmenter. Les constructeurs ont deux options : rogner sur leurs marges ou répercuter la hausse sur le prix final. L’histoire récente du marché montre qu’ils panachent les deux. Les prix des flagships de 2026 pourraient donc grimper de 30 à 50 €, parfois plus, simplement à cause de la mémoire.

Les ordinateurs portables ne sont pas épargnés. Les ultrabooks sous Intel Core Ultra 9 185H ou les équivalents AMD embarquent de la LPDDR5x soudée. Impossible de l’upgrader après achat. Le prix de ces machines est fixé au moment de l’assemblage, et la facture mémoire pèse de plus en plus lourd. Les configs à 32 Go de RAM deviennent un luxe. Les constructeurs pourraient être tentés de brider les capacités sur les gammes milieu de gamme pour tenir les prix, quitte à ce que l’expérience utilisateur en pâtisse.

Faut-il acheter maintenant ou patienter ?

La question que tout le monde se pose. La réponse dépend de votre situation, mais une chose est sûre : attendre que les prix reviennent à leur niveau d’il y a un an n’est pas une stratégie crédible à court terme.

Si vous pouvez attendre. Les analystes s’accordent à dire que le pic des prix devrait être atteint au deuxième ou troisième trimestre 2026. Ensuite, les capacités de production supplémentaires mises en route par les trois grands fabricants commenceront à produire leurs effets. Samsung, SK Hynix et Micron ont annoncé des investissements massifs dans de nouvelles usines. Ces investissements mettent entre 12 et 18 mois à se matérialiser en volume de production. Une détente des prix est envisageable d’ici la fin 2026 ou début 2027. Si votre configuration actuelle tient encore la route, patientez.

Si vous devez acheter maintenant. Votre machine est à bout de souffle, ou vous montez un PC pour un usage professionnel qui ne peut pas attendre. Dans ce cas, privilégiez un kit de DDR5 en 32 Go plutôt que 64. Les besoins réels en 64 Go restent très limités hors usages spécifiques. Pour un PC gaming, même avec des titres exigeants comme Clair Obscur Expedition 33, 32 Go suffisent largement. Évitez les fréquences extrêmes : la différence de prix entre de la DDR5-6000 CL30 et de la DDR5-7200 ne se justifie pas dans la plupart des cas. Enfin, surveillez les fins de série. Les kits DDR4 en fin de vie bénéficient parfois de déstockages éclairs.

Si vous hésitez à passer de la DDR4 à la DDR5. Ne le faites pas uniquement pour gagner en performances. Le bond en gaming entre une plateforme DDR4 bien optimisée et une DDR5 récente est souvent modeste. Le vrai gain de la DDR5 se situe sur les charges de travail lourdes en bande passante mémoire, comme le montage vidéo 4K ou la compilation. Pour un usage gaming pur, la différence est rarement perceptible. Ajoutez à cela le prix de la carte mère et vous obtenez un surcoût total qui se chiffre en centaines d’euros pour un gain marginal.

⚠️ Attention : ne vous précipitez pas sur des kits « pas chers » sur les marketplaces sans vérifier la réputation du vendeur. Les périodes de hausse des prix attirent les contrefaçons. Une barrette mal étiquetée peut vous coûter bien plus cher que l’économie réalisée.

Samsung, SK Hynix et Micron : le triopole qui verrouille le marché

Quand on parle de RAM, trois noms trustent l’essentiel de la production mondiale. Samsung, SK Hynix et Micron. Le premier est sud-coréen, le deuxième aussi, le troisième américain. À eux trois, ils contrôlent plus de 90 % du marché de la DRAM.

Cette concentration a un effet direct sur la présente crise. Les trois géants ont appris des cycles précédents. Lors de la pénurie de 2017-2018, ils avaient massivement investi dans de nouvelles capacités, pour se retrouver en surproduction deux ans plus tard, avec des prix en chute libre. Cette fois, leur stratégie est plus prudente. Ils augmentent la production, mais de façon progressive, en maintenant un équilibre qui ne casse pas les prix.

La HBM, mémoire haut de gamme pour l’IA et le calcul intensif, est devenue leur priorité absolue. Les marges y sont plusieurs fois supérieures à celles de la DDR5 grand public. Samsung et SK Hynix se livrent une bataille féroce pour fournir Nvidia et les autres concepteurs de puces IA. Micron suit avec un temps de retard mais investit massivement. Cette compétition profite aux data centers. Elle laisse le marché grand public en bout de chaîne.

Conséquence pour vous : le retour à des prix « normaux » dépendra moins de la demande que de la volonté des trois géants de réalimenter le segment PC. Et cette volonté, pour l’instant, n’est pas au rendez-vous.

Le stockage suit la même pente

Un mot sur les SSD, parce que la dynamique est identique. La mémoire NAND Flash, qui équipe les SSD et la plupart des solutions de stockage modernes, subit une hausse de 70 à 75 % selon TrendForce. Les mécanismes sont les mêmes : allocation prioritaire vers les data centers, réduction des volumes disponibles pour le marché grand public.

Si vous avez besoin de stockage supplémentaire, la règle est la même que pour la RAM. Achetez maintenant si le besoin est urgent, quitte à prendre une capacité plus modeste et d’augmenter plus tard. Les prix des SSD NVMe en 1 To ont déjà pris 20 à 30 € dans certaines gammes par rapport à l’automne dernier. Les modèles 2 To suivent la même courbe.

Questions fréquentes

Pourquoi les prix de la RAM augmentent-ils autant en 2026 ?

La cause principale est la réallocation de la production de DRAM vers les data centers, qui absorbent plus de 70 % de l’offre haut de gamme pour alimenter la demande en intelligence artificielle. Moins de puces disponibles pour les PC et les smartphones signifie des prix en forte hausse, dans un marché déjà tendu par la résorption des stocks.

Quand les prix de la RAM vont-ils redescendre ?

Pas avant la fin 2026 ou début 2027. Les investissements en nouvelles capacités de production annoncés par Samsung, SK Hynix et Micron mettent entre 12 et 18 mois à produire des volumes significatifs. D’ici là, la demande des serveurs restera prioritaire et les prix élevés.

Faut-il acheter de la DDR4 ou de la DDR5 en ce moment ?

Si votre plateforme actuelle supporte la DDR4, restez dessus et profitez des kits 32 Go qui offrent encore un rapport qualité-prix correct. Si vous changez de plateforme, vous êtes obligé de passer à la DDR5. Dans ce cas, visez un kit 32 Go en 6000 MT/s, sans payer le surplus pour des fréquences extrêmes.

L’augmentation du prix de la RAM affecte-t-elle aussi les SSD ?

Oui. La mémoire NAND Flash suit la même logique de marché. TrendForce prévoit une hausse de 70 à 75 % des prix des SSD sur le trimestre. Les data centers sont le moteur principal de cette demande, et les répercussions se font sentir sur l’ensemble du marché du stockage.

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